Grand Ferrand, Tunnel de la Cloche

"Le mieux est l'ennemi du bien."

 Il ne s'agit pas d'un proverbe mais d'une citation de Montesquieu, mais mal retranscrite.

La phrase exacte est "Le mieux est le mortel ennemi du bien".

Elle signifie à l'évidence que la recherche de la perfection est un vice majeur en toute chose, nuisible au but que l'on poursuit. Selon Montesquieu, la recherche du mieux n'est donc pas un parachèvement de la recherche du bien, mais un piège fatal où toute entreprise bénéfique peut s'enliser, sombrer, virer à l'échec.

Voilà donc, comment  on peut gâter une bonne chose, en voulant la rendre encore meilleure.


Le Grand Ferrand par le canyon des Adroits

et le tunnel de la Cloche

 

  Le temps est mitigé en ce jeudi 3 octobre, pas de pluie mais ciel couvert. Amélioration possible en cours d'après-midi a dit la météo.

  Bon allez, on y va quand même. Ce ne sont pas quelques nuages qui vont nous arrêter. D'un autre côté, c'est vrai que l'on est tout près de l'Isère et de son usine à brouillard. Brouillard, qui bien souvent déborde dans le Dévoluy, et parfois jusque dans le Champsaur. J'en sais quelque chose moi qui suis Champsaurin !

  Il est un peu moins de 8 heures quand les 15 participants à cette rando quittent La Chaup pour gravir le Grand Ferrand.

  Je suis heureux que 15 personnes aient décidé de m'accompagner pour cette randonnée un peu spéciale. Heureux, mais inquiet, car justement 15 pour monter vers le tunnel de la Cloche n'est ce pas trop ?

  Et oui, car faire le Grand Ferrand par la « voie normale » n'étant pas suffisant, je me suis mis en tête de faire passer le groupe par le Canyon, l'Arche, et le tunnel des Adroits, puis de remonter vers le Pas et le tunnel de la Cloche. Ensuite les crêtes.

  Je m'attendais à ce que 10 personnes au maximum se décident au vu des difficultés et du dénivelé, près de 1500 mètres.

  Bon, le passage par les Adroits servira de test et je pourrai toujours aviser un peu plus haut sur la conduite à tenir.

  Au bout d'une demi-heure certains ont chaud, donc petite pause. On enlève une couche . Allez, il ne faut pas traîner. Encore un petit 1/4 d'heure et on quitte la piste forestière pour basculer dans le lit du torrent des Adroits. Certaines dames éprouvent le besoin de s'isoler. Ah, c'est normal, nature oblige, mais cela ne pourrait-il pas être un peu plus synchronisé... Ça  chauffe sous la casquette ! Allez on se bouge.

  La remontée dans les pierriers du torrent se passe sans problème.

  Nous voilà à la cascade, la vieille corde est toujours en place. Il a plu ces jours derniers et le rocher est mouillé, une vraie patinoire. Il faut ajouter une deuxième corde, c'est plus prudent.

  Avec un groupe aussi important cela prend du temps une bonne demi-heure. Pas grave, à 9h 45 nous commençons à grimper vers l'Arche, et à 10 heures, nouvelle petite halte casse-croûte au-dessus du tunnel des Adroits.

  La suite m'apparaît compliquée, que faire ? Passer par la Cloche ou rejoindre la voie normale ?

  Nous avons mis deux heures pour venir jusqu'ici, en distance nous avons fait plus de la moitié du chemin, mais en dénivelé, là c'est tout autre chose... Il reste encore 850 mètres et le gros des difficultés est encore à venir. À cette vitesse nous ne serons pas là-haut avant 13h30. Et la descente ? Allez, on verra plus haut on continue...

  Pour le moment nous remontons les longues pentes herbeuses sous Soleil Boeuf et tout va bien. Le groupe s'étire et se reforme à chaque petite halte. Les derniers pestent, bien sûr, car on ne leur laisse pas le temps de récupérer.
   Wouah … 400 mètres de dénivelé en 45 minutes, super. Je pourrais même  me distraire un moment car derrière on se chamaille gentiment à propos de la meilleure façon de déstabiliser  le  rythme de la personne qui emmène le groupe. Pour l'instant j'ai d'autres préoccupations.  
À droite ou à gauche... à droite ou à gauche. À droite c'est le tunnel de la Cloche. À gauche on peut encore rejoindre le Vallon Froid et la voie dite normale. Mais plus on monte, plus je pars à droite.

  Nous serons bientôt dans les nuages qui masquent le sommet et l'entrée du tunnel. Est-ce un bien ou un mal. On est sous le grand pierrier du Pas de la Cloche, il se contourne par la droite. Comme attiré par un aimant je pars à droite.

  Je ne dis rien, mais la tension monte d'un cran. Au Pas de la Cloche nous sommes dans le brouillard. Aucune visibilité sur le Vallon du Grand Villard, le Chourum Olympique et les Arches Interferrantes, dommage. Le vent est glacial, il faut redescendre un peu plus bas pour reformer le groupe.

  J'ai le ventre noué, les choses sérieuses vont commencer. Il faut à la fois, rassurer et préparer à affronter les difficultés qui maintenant, sont bien là. Plus d'alternative, il faut passer par le tunnel de la Cloche. Faire demi-tour serait encore plus compliqué.

 Les premières dalles blanches sont contournées par le bas. Normalement l'entrée du tunnel est là, un peu plus haut sur la gauche, mais on ne la voit pas, le brouillard est dense.

  On est début octobre et depuis fin juin je suis monté 5 fois rendre visite au « Grand Fernand ». Je suis passé là huit fois. Cinq fois en montant trois fois en descendant. Bon à la descente c'est un peu casse-gueule, mais à la montée ça passe bien. Et si je suis passé, pourquoi pas les autres. Je ne m'appelle pas Desmaison quand même.

  Mais au fait René, tu reposes là, juste en face, à la Mère Eglise... avec ton ami Théo, arrêtez de vous tourner les pouces, pensez un peu à nous...

  Le premier couloir passe bien, là sur la droite, dans des gradins. Une petite traversée sur la gauche et un autre couloir. Par moments le brouillard se déchire et on aperçoit l'entrée du tunnel.

  Juste derrière moi Odile et Monique grimpent comme des chamois, je commence à respirer.

  Un cri, j'ai entendu un cri. Un peu plus bas quelqu'un a chuté. Les poils se dressent sur mes bras. C'est " la  blonde " qui a glissé. Heureusement avec ses réflexes d'ancien rugbyman  « le président » a réussi à la plaquer au passage, hélas pas sans mal. Le rocher lui a bien entaillé les doigts de la main gauche . Pour "la blonde", rien de cassé, seulement quelques contusions, et en plus elle prend ça avec le sourire. Pendant que des personnes compétentes s'occupent des blessés, ( panser le président et réconforter la blonde), je pose une première corde, puis une deuxième un peu plus haut.

  Ça y est tout le monde est sur la plate-forme. Il ne faut pas laisser tomber la pression mais vite continuer. Les cordes se retrouvent pêle-mêle dans le sac et ça repart.

  La traversée du tunnel est une simple formalité, mais il reste encore une partie très raide à la sortie.

  Ouf, 10mn après tout le monde sur la crête. Je ne laisse à personne le temps de souffler, vite, il faut continuer. L'arête qui mène au sommet est encore longue et le brouillard est de plus en plus épais. La visibilité est très réduite.

  Je ne me sens pas bien. Pourquoi avoir amené toutes ces personnes dans cette galère sous prétexte de leur faire découvrir et partager ce qui pour moi est un pur bonheur.  Serais-je irresponsable ?

  La traversée des arêtes se passe plutôt bien, mais l'heure tourne.

  Nous rejoignons finalement la voie normale, le sommet est proche mais avec la fatigue les choses faciles deviennent compliquées. Même les plus solides commencent à craquer.

  Cette fois nous y sommes ; au sommet, et il est … 13h30.

  Il y a beaucoup vent. Quand les nuages se déchirent nous apercevons furtivement le Trièves. Il fait trop froid pour manger là. Il faut redescendre un peu plus bas pour trouver un semblant d'abri. Le repas sera vite expédié, personne n'a faim, et le retour est long. Il se fera bien sûr par ce que l'on appellera, la voie normale, qui descend dans le Vallon Froid, à l'Est de la Tête de Vallon Pierra vers le Col de Charnier.

  Il existait jadis un sentier, mais il a disparu. Les randonneurs qui passent par là s'égarent tantôt à gauche tantôt à droite, et la bonne trace a fini par disparaître au milieu des autres. Seules subsistent quelques traces de peinture rouge.

  Il faut appuyer à droite pour trouver la première casse. OK c'est bon elle passe bien. Allez encore un peu plus à droite pour la deuxième, super. Et maintenant on descend un peu en revenant à gauche pour la troisième.

  Nous voilà à Clos Rognon, sur le sentier qui contourne Vallon Pierra vers le Col de Charnier.

  Je respire, cette fois les difficultés sont bien derrière nous.

  Un peu plus bas on me questionne :

  • Pourquoi tu passes par là, on aurait pu passer à droite...

  • À bon, vraiment, tu crois ? Mais sur la droite, c'est la tête de Vallon Pierra, non ? 

  Au col de Charnier une bonne halte s'impose.

 La longue, très longue descente dans le vallon se déroulera sans problème. Elle sera souvent entrecoupée de nouvelles mais courtes pauses.

Le brouillard s'est un peu levé et l'on peut apercevoir notre cheminement dans la face.

  • Regardez, ce matin on est passé là haut.

  • On est vraiment passé là, c'est pas possible.

  • Mais si l'entrée du tunnel et juste sur la droite du grand pilier.

  • Oui, je la vois, sous la brèche en U.

  • J'en reviens pas qu'on soit passé là.

  • Allez on repart, on n'est pas rendu.

  A 18 heures nous voilà aux voitures, avec quelques blessés, mais nous sommes tous là.

  On me remercie pour cette « belle » rando. On vient me serrer la main, me faire la bise. Pourtant je ne suis pas très fier.

  C'est promis Président, à l'avenir je serai plus sage et plus prudent dans le choix de mes randonnées.

 ( Promesse de Champsaurin ne vaut rien ) Et ho, je suis Gapençais maintenant!

 Résumons : Distance 17 kms - Dénivellation 1450 mètres

 Durée : 10 heures - Montée: 4h30 – Descente: 4 h Pause : 1h30

 Allez à bientôt pour une nouvelle balade.

 Djipi.